Le temps de la réflexion : premier bilan

Cette semaine, pas de nouvel article – mais un court bilan, après 3 mois d’activité.

J’ai commencé à publier sur ce blogue avec des idées simples. Retrouver le plaisir d’écrire. Trouver pour cela une façon d’écrire libérée de certaines contraintes académiques – un doctorat, ça forme et ça déforme. Aborder des sujets que je connais mais dont je ne suis pas spécialiste, pour apprendre, élargir mes horizons de lecture et de réflexion.

Je voulais apprendre aussi à me servir de ce genre de plate-forme. Trouver des lecteurs et les amener à peut-être lire certains articles. Peut-être même à les apprécier. Avoir quelques retours. Les résultats sont très positifs – et comblent mes attentes (qui étaient assez minimales de ce côté-là). J’ai même eu des échanges extraordinaires avec certaines personnes, et je suis assez content de certains articles – 3 disons.

Pour information : 284 vues depuis la création. Plus ou moins 20 à 30 vues par semaine, en augmentation régulière.

J’ai donc beaucoup appris en trois mois, à la fois sur cet aspect de l’écriture, et sur les questions plus techniques liées au fait de bloguer.

Par rapport à l’ambition initiale, je vais prendre 3 semaines de réflexion pour :

  • mieux définir le projet et circonscrire la démarche;
  • préparer un nouveau site certainement, avec un nouveau titre et une nouvelle adresse – je mettrai un renvoi automatique depuis cette adresse « arctique postcolonial; »
  • réfléchir à la question de la langue (français seulement, français et anglais, etc.);
  • réfléchir à la question de mon anonymat (besoin d’un avis juridiquement informé ici);
  • réfléchir à la possibilité de trouver des partenaires intéressés pour publier dans un projet commun.

Et pour cela, tout commentaire, critique, soutien, retour sera le bienvenu, en commentaire ici, ou par courriel via l’adresse ici.

Au plaisir de vous retrouver dans 3 semaines, chers lecteurs.

Publicités

Des radios FM à Facebook : l’espace public au Nunavik

L’espace public moderne du Nunavik est certainement né dans les années 1960 avec le mouvement coopératif, avant de se renforcer avec la création de la Northern Quebec Inuit Association (NQIA) en 1971, ou de Inuit Tungavingat Nunamini (ITN) – plus connus en français sous l’appellation de « dissidents ». Le développement des moyens de télécommunication a représenté un élément essentiel à la matérialisation de cet espace public. La radio FM en particulier a apporté une infrastructure à cet espace public, de la fin des années 1970 à aujourd’hui. Mais depuis plus de 10 ans, grâce aux petits modems satellites de Tamaani, le réseau social Facebook a pris une importance capitale au point de devenir l’un des principaux forums où se réaffirme la culture politique des Nunavimmiut. Lire la suite

Les Qallunaat de plus en plus nombreux au Nunavik ? Une perspective historique (1961-2011)

Je conclue cette série d’articles sur les Qallunaat du Nunavik par une mise en perspective historique de leurs effectifs sur ce territoire, de 1961 à 2011 – en attendant les résultats du dernier recensement (2016). On retrouve régulièrement exprimée, dans les discours officiels, l’idée que cette présence des Blancs n’est que temporaire, et qu’une fois « éduqués », les Inuit prendraient en charge – dans un cadre plus large toutefois – la direction des affaires de leur territoire. Force est de reconnaître que si cet argument touche toujours une corde sensible, la réalité semble tout autre, malgré une indéniable présence inuit à la plupart des postes politiquement importants. Les Qallunaat sont donc toujours là, en apparence plus nombreux que jamais à Kuujjuaq, plus diplômés que jamais également. J’ai donc voulu tracer un portrait plus objectif de cette présence, à partir des quelques statistiques démographiques que j’ai pu rassembler. Lire la suite

Typologies acides des Qallunaat au Nunavik (2/2)

Je relis certains des excellents textes qui ont commenté et analysé la présence des Qallunaat dans le Nord canadien, en particulier « The White Arctic » de Robert Paine – dont j’ai la chance d’avoir une édition légèrement annotée ayant appartenu à Gérard Duhaime. Je relis aussi avec plaisir plusieurs articles de ce dernier, longtemps après en avoir extrait les petites pièces d’information que j’y cherchais à l’époque, et j’apprécie toujours autant sa tentative d’éviter tout manichéisme dans l’analyse des relations entre Inuit et Qallunaat, une posture qu’il semble avoir synthétisé avec beaucoup d’esprit dans le titre d’un article de Jean-Jacques Simard, « Par delà le Blanc et le Mal« . Lire la suite

Typologies acides des Qallunaat au Nunavik (1/2)

J’ai beaucoup parlé des Qallunaat – des Blancs, dit-on souvent – dans les articles précédents. Il faut dire que leur présence assez massive est difficile à ignorer : ils représentent plus ou moins 10% de la population totale du Nunavik depuis des décennies.  Face à afflux massif qui a commencé à la fin des années 1950, des sociologues se sont interrogés sur l’identité de ces Qallunaat du Nord, dont je suis. Population assez instable, nous ne requerrons pas vraiment une ethnographie en règle, ou une sociologie approfondie. Une typologie par contre fera bien l’affaire. Lire la suite

Eva Deer : une leader et éducatrice inuit – Compte rendu de lecture

Le livre

Pages de couverture_finaleL’histoire de vie d’Eva Deer est le fruit d’une collaboration entre la narratrice elle-même, et Louis-Jacques Dorais, professeur émérite au département d’anthropologie de l’Université Laval. C’est à lui que revient l’initiative du livre, comme collaborateur au projet de recherche CRSH-ARUC Leadership and Governance in Nunavut and Nunavik, et qui proposa les grands thèmes à partir desquels son interlocutrice raconte les grandes étapes de sa vie. Il a ensuite retranscrit son récit, puis l’a traduit en anglais et en français. Le récit d’Eva Deer est donc disponible dans les trois langues, au contraire de l’introduction, rédigée en français et en anglais par Louis-Jacques Dorais. Quelques photos et cartes enrichissent l’ouvrage, ainsi qu’un répertoire des personnes nommées dans le récit d’Eva Deer. Lire la suite

« Devenir Esquimaux parmi les Esquimaux » : administrateurs going native

La colonisation du Nouveau-Québec a peut-être ceci de particulier qu’elle s’est appuyée sur des discours promettant de respecter la langue et la culture inuit. Au contraire des projets ouvertement assimilationnistes développés par le Fédéral au sortir des années 1940 et dont la mise en œuvre s’accélérait depuis la fin des années 1950, les définitions initiales du développement du Nouveau-Québec imaginaient un engagement et une participation croissante des « Esquimaux » au projet. Cette participation serait facilitée – pensait-on – lorsqu’ils verraient les bonnes intentions de Québec à l’égard de leur identité culturelle. Et pour ce faire, il faudrait des hommes de terrain aptes à incarner ce projet et cette attitude. Lire la suite

Au temps du Nouveau-Québec : Michel Brochu, « l’influence française » et le déploiement de l’administration québécoise

J’ai récemment abordé la situation parfois paradoxale des organisations constituées par la Convention de la Baie James et du Nord Québécois, chargées de servir la population dans le respect de la culture inuit, mais en fonction du cadre organisationnel et légal plus large au sein duquel elles se trouvent enchâssées. J’ai eu envie, pour mieux comprendre l’ampleur des transformations apportées par la CBJNQ – et peut-être aussi ce qui n’a pas vraiment changé – de faire en amateur une brève histoire politique de la colonisation du « Nouveau-Québec », à partir de publications de Michel Brochu. L’idée, c’est bien sûr de décrire le colonial pour mieux comprendre le postcolonial : la volonté de Québec d’assoir sa souveraineté sur les territoires de l’ancien District de l’Ungava, rebaptisé pour l’occasion Nouveau-Québec. Lire la suite

Quand les Qallunaat apprenaient l’inuktitut…

Les aînés que je connais au Nunavik aiment bien rappeler qu’autrefois, les Qallunaat, les Blancs, avaient l’habitude d’apprendre l’inuktitut, et qu’ils étaient donc bien plus proches des Inuit que les Blancs d’aujourd’hui. L’inuktitut, la langue inuit, semble se transformer rapidement à leurs yeux, voire se perdre, au profit de l’anglais notamment ou du français. Cette tendance prend sa source dans les années 1960, avec l’implantation de la scolarisation obligatoire dans les Federal Day Schools, puis dans les Écoles provinciales. Lire la suite

La situation postcoloniale au Nunavik : culture et organisations

Décrire le Nunavik comme postcolonial, c’est d’abord une manière de reconnaître que la signature de la Convention de la Baie James et du Nord Québécois, le 11 novembre 1975, a profondément et durablement remodelé les relations entre les Inuit, le gouvernement provincial et le gouvernement fédéral. À l’occasion des 40 ans de la CBJNQ, la société Makivik a commandé la réalisation d’un – excellent – documentaire qui retrace l’ampleur des négociations ayant mené à cet accord – napagunnaqulusi, so that you can stand. Lire la suite